Georges Khairallah, enseignant au Département d’Etudes Arabes à l’université Marc Bloch de Strasbourg, a animé une conférence sur la littérature libanaise à la Médiathèque Départementale de Prêt du Haut-Rhin, lundi 19 novembre. En voici son compte-rendu :

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Les écrivains libanais écrivent pour faire exister quelque chose : la culture. On ne peut nier le rapport qu’il y a entre la culture et la littérature. Le français étant enseigné au Liban dès l’école maternelle, les écrivains ont été très influencés par la littérature française, notamment celle du XIXème siècle.
Le bilinguisme au Liban n’est pas seulement linguistique mais également culturel, des écrivains libanais écrivent en arabe, d’autres en français, selon la communauté à laquelle ils appartiennent.

La poésie

Au XXème siècle, l’influence du romantisme et du surréalisme est particulièrement présente dans la poésie libanaise. Khalil Gibran, grand poète libanais, est venu en France pour y étudier la peinture et a rencontré des peintres et écrivains qui ont influencé son oeuvre.

nadia_tueni Nadia Tueni, naît à Braklin en 1935 d’un père libanais Druze et d’une mère française. Après des études dans une école de soeurs française à Beyrouth, elle se marie avec un grec orthodoxe et publie son premier recueil de poésies en 1963 « Les textes blonds ». Nadia Tueni aura une vie tragique puisque sa petite fille Naïla décèdera à l’âge de 7 ans. Elle confiera sa douleur dans plusieurs recueils en recomposant un univers à la mesure de Naïla. Ce tragique inconscient lui a souvent donné comme source d’inspiration « la nuit ». Ayant vécu profondément la mort de sa fille, elle vivra de la même manière la défaite des arabes en 1967 et publie alors « Juin et les mécréantes ». Elle communie avec le monde dans ses recueils de poésies. Nadia Tueni a exprimés ses vers dans une sorte d’acte de foi.
« …Je baisse la voix pour mieux entendre hurler mon pays ; pour dire le mal de n’avoir planté ni amour ni haine, d’avoir mélangé les racines, et pris pour montagne la mer… ».

Elle ne vivra pas, fort heureusement, la mort tragique de ses deux fils, l’un dans un accident de la route à Paris, l’autre Gébran, personnage politique (président du conseil d’administration au Liban et rédacteur en chef du quotidien An Nahar), dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth en 2005. Nadia Tueni décède en 1986 d’un cancer qui la rongeait depuis 1965.

Bibliographie :
Les textes blonds
L’âge d’écume
Juin et les Mécréants
Poèmes pour une histoire
Le Rêveur de terre
Liban : vingt poèmes d’amour
Archives sentimentales d’une guerre au Liban
La terre arrêtée, recueil posthume
Une guerre pour les autres
De ma fenêtre sans maison
Jardinier de ma mémoire

Claire Gebeyli est d’origine grecque, égyptienne de naissance, libanaise par alliance et francophone par passion. Elle naît en 1935 à Alexandrie et fait des études de Sciences Sociales (Docteur). Elle compte 4 recueils de poésies à son actif. Ame sensible, Claire Gebeyli retranscrit dans ses poèmes ses souffrances. Elle consacre un écrit à sa révolte « Le parti de vivre » dans le recueil « Dialogue avec le feu ».

Le parti de vivre

La mer est là avec son iode et ses rochers vieux comme le monde. Son sel se brise en mille lumières et les vagues, dans un bruit de forge, s’annexent au rivage.
Le bleu et l’ocre s’attachent si fort l’un à l’autre que la maison paraît détachée d’un cordage.
Terre renaissante, ma terre contradictoire qui puise dans chaque saison cette immuable présence. De crête en vallon, de ciel en crevasse, la voici, ta réplique aux forces qui te menacent.
La voici ta réplique dans ce lieu où, chassée par les combats, une famille fête les six ans d’un enfant. La vie est là avec ses rires, ses cris, sa lourde odeur de levure et d’épices.
Que prétendent les murs qui dressent leurs moignons aux bordures de nos routes, les nuées pourchassées, les cadavres qu’on enterre.
La voici notre vérité, claquant comme une voile au-dessus de cette table, dressée pour ce garçon qui n’a jamais connu une seule journée sans guerre ».

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